Jardinons avec les plantes sauvages !

La maison Pierre Barrau, nouveau Tiers Lieu solidaire en Libournais, accueille depuis peu des ateliers de botanique : les Ateliers Néo’phyte. Une quinzaine de participants s’étaient donnés rendez-vous samedi 23 novembre autour d’un projet de jardinage dédié à la culture des plantes sauvages. Plusieurs parcelles ont été préparées et semées par les jardiniers en herbes : prairie humide, fleurs des friches, lisière de sous-bois, zone sèche ; le tout avec des plantes sauvages et locales, bien sûr !

Mais pourquoi cultiver des plantes sauvages ? Et puis qui sont ces « Néo’phytes » ? Réponses en images sur la germination du projet et ses premières pousses au sein du Tiers Lieu solidaire Pierre Barrau.

Les Ateliers Néop’hyte

Les Ateliers Néop’hyte sont des ateliers de botanique animés par Bruno Wisniewski, formateur indépendant et gérant d’ADN (Animation et Découverte de la Nature). Dès ses débuts, cette initiative locale a été accueillie et soutenue par l’association Isle et Dronne et son actuel président : Jean-Philippe Burjade. La préservation et la valorisation de l’environnement faisant partie intégrante des missions de l’association, c’est tout naturellement que le rapprochement entre ADN et Isle et Dronne s’est opéré.

Cours de botanique au sein des Ateliers Néo’phyte

Les participants aux Ateliers Néo’phyte apprennent à reconnaître la flore ordinaire du Libournais, celle que nous côtoyons au quotidien mais dont nous ignorons tout ou presque. Après 6 à 8 mois de formation (cours, sorties de terrain et travaux pratiques), les apprentis botanistes savent identifier une cinquantaine d’espèces sauvages, et en connaissent les principaux usages en cuisine, en médecine ou au jardin.

Parallèlement à cette approche utilitaire des plantes, les Néo’phytes sont sensibilisés aux rôles écologiques de la flore sauvage. Les « herbes folles » ou « mauvaises herbes » comme on les nomme encore souvent, ont leur raison d’être et leur utilité dans la nature. Nourrir la faune (des insectes aux mammifères), accueillir la biodiversité, réparer les sols, servir de lieux de vie, d’abris, de zones de reproduction pour d’autres espèces : voici quelques-unes des fonctions essentielles liées la flore sauvage.

Plus encore, la « bonne santé » de notre flore sauvage (du banal pissenlit au plus vénérable chêne) conditionne fortement les équilibres naturels et par voie de conséquence notre qualité de vie.  Aujourd’hui, avec la dégradation croissante des écosystèmes, la flore sauvage est fortement impactée dans sa diversité et son abondance. Et ce déclin entraine dans son sillage l’effondrement des innombrables hôtes qui en dépendent… Les dernières études réalisées à grande échelle en Europe nous informent de la disparition de près d’un tiers des espèces d’arthropodes (notamment les insectes) en l’espace de 10 ans à peine (Nature, 2019).

Nous ne disposons pas de telles études pour le Libournais mais tous les naturalistes professionnels ou amateurs perçoivent au quotidien cette érosion lente mais certaine de notre biodiversité locale.

C’est de ce constat au sein des Ateliers Néo’phyte qu’est né le projet de culture de plantes sauvages soutenu dès ses premières heures par l’association Isle et Dronne. Et si on refleurissait le Libournais ?

Vers un jardin de plantes sauvages ?

Pour sensibiliser les publics non avertis à l’importance de la flore sauvage, les mots trouvent rapidement leurs limites…  Le jardin reste encore le meilleur outil pédagogique : il donne à voir les formes, les couleurs, les odeurs, l’extraordinaire richesse de notre flore locale ainsi que ses multiples fonctions et potentiels d’utilisations. Le pari lancé par les Néo’phytes est donc le suivant : « sommes-nous capables de concevoir un jardin uniquement composé de plantes sauvages ? Est-il envisageable de créer sur notre territoire une sorte de conservatoire de la diversité florale qui soit en même temps un espace de formation, d’expérimentation et d’éducation populaire ? »

Préparation et semis des zones de culture

De l’idée aux actes, il n’y avait qu’un pas ; pas franchi récemment en collaboration avec Isle et Dronne. Une parcelle de 500 m2 environ a été investie pour les premiers tests de culture réalisés samedi dernier.

Cinq zones tests y ont été implantées et semées avec des espèces locales correspondant aux principaux écosystèmes de la région : zone humide, prairie, friches, lisières de sous-bois. Salicaires, lysimaques, linaires et autres molènes devraient commencer à pointer leurs premières feuilles au début du printemps !

Au-delà de l’aspect expérimental du projet, il s’agit d’inviter les participants à reproduire ces tests de culture chez eux. L’accueil de la biodiversité au jardin peut prendre plusieurs formes, des plus simples (mise en place d’une prairie fleurie) aux plus complexes (création de mini-biotopes). Les Néo’phyte ont ainsi pu vivre au cours de cette journée d’initiation les différentes phases de la culture des plantes sauvages, depuis la collecte des graines jusqu’aux semis.

L’attention portée au vivant est l’affaire de tous et il n’y a pas de petites actions en la matière. Il est urgent de comprendre que les questions environnementales ne se résument pas à de simples questions de préservation de la biodiversité. La nature n’est pas qu’un simple décor qu’il s’agirait de préserver pour notre bien-être… Toute société humaine dépend des équilibres invisibles (mais bien réels !) entre les différentes composantes des écosystèmes parmi lesquelles la flore sauvage joue un rôle fondamental. Les Ateliers Néo’phyte œuvrent en ce sens avec la conviction que seule une conscience et une connaissance partagées permettront d’esquisser des réponses durables.

Affaire à suivre…

Bruno Wisniewski

ADN Conférence

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